• Interview Shine - Christophe Battaglia
  • Levallois, 21 juin 2000
  • Jean-Michel Royer

Je sais que tu es internaute et j’aurais voulu savoir ce que tu pensais, en tant que réalisateur et compositeur, des MP3 et d’Internet en général ?

Pour mon travail, c’est déjà un outil formidable parce que ça nous permet avec les gens avec qui je travaille d’échanger des idées, souvent quand on travaille sur un projet, on n’est pas forcément les uns à côté des autres et grâce au MP3, on peut s’envoyer des maquettes. Pour la petite anecdote, c’est comme ça qu’on a fait Aller plus haut pour Tina Arena ça nous a vraiment très bien servi, Robert (Goldman) était en vacances en Suisse, il m’a laissé une maquette et tous les soirs j’envoyais la version arrangée avec ses modifications donc toute la semaine on s’est envoyé des versions par MP3, il est rentré à Paris au bout d’une semaine: on est resté une 1/2 journée ensemble, on est rentré immédiatement en studio : c’est une des premières applications du MP3.

Moi dans mon travail, outre qu’on puisse télécharger un album entier par MP3, que ça soit légal ou illégal malheureusement je suis contre. En particulier Naspster, il n’est pas normal qu’on puisse télécharger des albums entiers sans reverser des droits. Mais bon, Internet, c’est un espace de liberté, à mon avis ça va faire comme les radios, pendant des années ça va être la foire et puis dans 5/6 ans, il ne va rester que les grosses sociétés et cet espace va se réduire, tout va devenir payant. On commence à le voir avec Ibazar qui avait un service d’achat gratuit et qui est devenu payant, ça va se généraliser à mon avis. Internet et MP3, ça reste vraiment des outils puissants vraiment formidables. En fait, comme tous les outils, avec un marteau on peut construire une maison mais on peut aussi la casser : ça dépend comme on s’en sert. C’est un peu ma vision d’internet.

Si tu le veux bien, nous allons passer en revue ta rencontre avec Carole, qui, je crois, date de 1996 pour un remix de « Jesus In Me » en version dance. Comment as tu été contacté ?

Je travaillais déjà avec Robert sur ses maquettes. Quand je suis arrivé à Paris, j’ai travaillé dans un studio où l’on faisait énormément de dance, on a même fait un projet dance avec Robert, ça ne lui avait pas déplu. Pour « Springfield », il a fallu faire le choix du premier single, on a trouvé que c’était une chanson musicale donc Robert a pensé à moi, Erick (Benzi) a réalisé l’album et me fait plus confiance pour ce qui est plus dance. Il sait que j’ai fait pendant deux ans, comme moi pour la musique africaine, je n’ai pas beaucoup d’expériences mais on vient de faire un album ensemble.

Comment s’est passé la rencontre avec Carole ?

Ça s’est très bien passé. C’était lors d’un concert Fredericks Goldman Jones quand j’étais à Paris. On est allé au restaurant après le concert avec Michael Jones, Jean-Jacques, Carole et tout le staff. A l’époque je travaillais avec Gildas (Arzel).

Est-ce suite au remix de « Jesus in Me » que tu as pu réaliser « Couleurs et Parfums » ?

Non, ça ne s’est pas passé comme ça. Carole sortait d’un album de blues et Jacques avait une chanson qui s’appelait « Personne ne saurait ». Erick était pris, Jacques a essayé de la faire avec moi, je travaillais habituellement avec Robert Goldman. Jacques et moi on se connaissait déjà car Erick et moi faisons partie de la même famille, mon père avait un magasin de musique où Gildas et Jacques venaient acheter leurs instruments. On a fait la première expérience sur « Personne ne saurait », il se trouve que ça a bien marché, pour un premier coup c’était un essai réussi. C’est à partir de là, qu’on a décidé de faire l’album ensemble. « Couleurs et parfums » c’est ta première réalisation ?

J’avais fait mes classes avec Leyla Doriane « Les Jardins de Lumière », c’est un morceau que j’ai écris avec Cyril Tarquiny (le guitariste de Carole). Grâce à ça, ça m’a permis de m’émanciper et de faire voir mon travail comme une carte de visite, il se trouve que ça leur a plu, que j’ai fais mes preuves. Le style est proche du leur. Pourquoi ne pas essayer avec Christophe ? Vu qu’Erick est pris. C’est même Erick qui me l’a proposé.

Tu viens de dire que tu étais compositeur, as-tu essayé pour le dernier album de Carole ?

Je m’y suis penché, je n’ai pas eu le temps de finir la chanson. Comme ça c’est fait très vite, on a fait l’album en 1 mois et demi. On a loué un studio de répétition, je travaillais de 10 heures du matin jusqu’à 22 heures sur les chansons que les gens apportaient, il se trouve que j’en avais une ou deux. J’en avais une qu’on devait faire et j’ai tellement de travail sur l’album de Carole que je n’ai pas eu le temps de la faire. Peut être sur le prochain puisque les chansons sont déjà prêtes.

Le 20 mars dernier, vous avez réenregistré « Le prix à payer » Pourquoi ?

Quand on a une version album, on aime bien avoir des différences pour le single notamment dans la structure. Il se trouve que l’album de Carole a été fait il y a 1 an et demi, on a senti le besoin de changer quelques trucs pour le rendre plus actuel, plus radiophonique.

On note aussi la participation de J.Kapler alias Robert Goldman (auteur-compositeur de « Aller plus haut » interprété par Tina Arena).

Il se trouve qu’il est le producteur de l’album au sens financier. Quand on a fait l’album, il n’y a avait pas eu Tina Arena. Il avait quelques petites idées, Jacques aussi. On a fait ça collégialement à trois.

En tant que réalisateur et compositeur que penses-tu des talents vocaux de Carole ?

J’apprécie la femme qui est quelqu’un qu’il faut absolument connaître, elle a une personnalité qui est forte et intéressante, elle a une sensibilité d’artiste très poussée. On a envie de se dépasser pour elle, elle interprète magnifiquement les chansons, elle comprend très très vite la façon d’interpréter une chanson : c’est une énorme qualité. Si on a fait un album en un mois et demi, c’est aussi grâce à elle, on répétait les chansons la journée, le soir elle les enregistrait. C’est toujours agréable de travailler avec des gens qui maîtrisent leur voix, pas de problèmes de justesse, même quand elle est malade. Ça a été une vraie rencontre avec elle, on continuera ensemble.

Quels sont tes projets en cours ?

Le prochain album de Yannick Noah [NDLR : sortie le 22 août 2000 chez Columbia/Sony Music], d’ailleurs je reviens du Cameroun ou on a passé 6 jours à tourner le premier single et aussi un reportage de 25 minutes sur l’enregistrement de l’album de reggae africain. Je suis en cours de mixage, ça s’est terminé le 5 juillet. J’enchaîne avec Gildas Arzel, on a eu un mois de prises à terminer pour enchaîner vers les mix qui devraient être prêts fin août. J’ai aussi participé à l’album d’Anggun sur un morceau « Derrière la porte » que j’ai arrangé avec Erick, que nous avons mixé au studio d’Erick « Le Bateau Lune », très bonne expérience d’ailleurs, c’était la première fois qu’un mix commercial sortait du studio.