• Carole Fredericks enflamme Nogent
  • Libération Champagne
  • 3 novembre 2000
  • (non signé)

L’Agora Michel Baroin s’est levé pour acclamer la chanteuse de Springfield, Carole Fredericks, lors de son récital, samedi dernier à l’Agora.

Carole Fredericks, c’était la voix féminine du trio Fredericks Goldman Jones qui a trusté les premières places des hits parades au début des années quatre-vingt-dix. Une voix chaude, puissante, une voix de blues venue du Massachusetts.

Des affiches l’annonçaient à Nogent, pour clore en quelque sorte la Quinzaine sénégalaise, bien qu’il n’y ait aucun rapport entre la chanteuse américaine et les arts premiers si prisés en ce moment. En fait, il s’agissait surtout pour la municipalité de faire une tête d’affiche et d’offrir aux Nogentais pour la modique somme de quatre vingt francs un concert d’automne de qualité, susceptible de rassembler un grand nombre de spectateurs. Pari tenu samedi dernier à l’Agora dont la grande salle s’est transformée pour l’occasion en music hall. Quatre cent personnes sont venues applaudir la chanteuse, de Nogent bien sûr, et d’ailleurs aussi.

D’étranges détours

Des fûts de batterie, des rideaux noirs, deux guitares, un clavier. La scène apparaît dans sa nudité d’avant spectacle, inerte et froide. Les spectateurs avec sagesse prennent place sur leur siège. Rien de significatif, une soirée un peu mondaine peut-être, par la présence de nombreuses personnalités locales. Soudain, le noir précède la tempête. Sous un halo de lumières roses, bleues, les musiciens s’installent. Un guitariste, un bassiste, un claviériste, un batteur, deux choristes. Alors, depuis les coulisses, la silhouette de Carole Fredericks emplit la totalité de la scène d’une présence indéfinissable. Le plateau s’anime de couleurs, la voix de la dame danse autour de chacun comme une invitation à s’oublier. Et le charme opère. Professionnelle, la chanteuse raconte des anecdotes de sa vie : la confidence plaît. C’est presque une amie, cette femme énergique dont la sensualité et l’amour déborde de la salle soudain trop exiguë. C’est à Springfield qu’elle nous emmène, reprenant avec humour, pour ceux qui n’auraient pas compris et pour ceux qui la connaissent, les mots qu’elle chantait avec Goldman et Jones. Puis un gospel a capella avec sa grande amie et choriste Yvonne Jones. Et puis son frère Taj Mahal, un bluesman connu. Ses parents musiciens, Jean-Jacques qui a écrit pour elle : « ça prendra d’étranges détours (...) le moment viendra et je serai là. »

Elle est radieuse, « la » Fredericks sur cette scène de province. Elle étonne par la variété de son répertoire enrichi de ses propres nuances. Longue robe noire, manteau fluide et pailleté d’un beige lumineux, nimbée de ses bijoux de diva, les ongles longs d’une femme pour qui les contingences matérielles sont d’un autre monde. Généreuse.

Toute la salle débout

Le public en même temps n’est pas désorienté par trop de nouveautés : tout le monde y trouve son compte. Elle enchaîne les standards comme « O Happy day », « Freedom », fait chanter le public, en anglais, s’il vous plait, et, bientôt, ce ne sont plus des individus qui assistent à un spectacle, mais une foule prise au piège du rythme et de la fascination. Nogent bouge. Nogent tape la mesure. Nogent respire le souffle puissant de la chanteuse. C’est une fête somptueuse et simple, Carole se livre avec naturel, elle séduit une basse à genou devant son hommage à Aretha Franklin.

Elle interprète quelques chansons de son dernier album "Couleurs et Parfums", des chansons de variété toutes bêtes, chansons d’amour qui vont droit au cœur du public. A présent, le public l’acclame debout, danse, ont dit, paraît-il, standing ovation quand on veut paraître branché, mais c’est plus que ça. Carole Fredericks a allumé une petite flamme à Nogent, sa chaleur a crée la chaleur, les spectateurs ne s’y sont pas trompés, bissant et rebissant la chanteuse. Alors, elle reprend le fameux « Sex machine » de James Brown, et c’est le délire. Plus personne ne se souvient du numéro de son siège, le public est accroché à la scène, certaines se déhanchent, et après vingt chansons, la voix de l’artiste est toujours aussi superbe. L’émotion rattrape ces Aubois sur la dernière chanson, « la chanson préférée de ma mère qui a quitté ce monde il y a six ans ». C’est du gospel... La salle se tait, émue. Du grand art. Merci.

Mademoiselle Fredericks prendra le temps de signer d’innombrables autographes à des jeunes gens heureux grâce à elle.

Comment ne pas la trouver sympathique, talentueuse, comment ne pas la remercier d’avoir éclairé Nogent de sa chaleureuse présence.

[photo – Un public heureux] [photo – Les fans ont eu un sourire supplémentaire] [photo – Carole Fredericks en duo avec Yvonne Jones]