• Je ne suis pas une femme standard
  • Questions de femme
  • Juillet 2000
  • Laurent Fialaix

Arrivée en France de son Springfield natal, il y a vingt et un ans, elle a chanté derrière les plus grands noms de la chanson avant de devenir vedette aux côtés d’un certain Jean-Jacques Goldman. C’était il y a quinze ans déjà. Depuis l’américaine fait carrière en solo. Rencontre avec une femme attachante, une grande sentimentale à la recherche du grand amour.

Votre nouveau single s’intitule « Le prix à payer ». Face au succès, le prix à payer c’est quoi ?

Toute le monde paye un prix donc (elle réfléchit longuement). Oh, c’est une question piège. ! (rires) Personne ne vit sans traverser des moments de joie, de doute, de douleur, de trahison, des chagrins d’amour aussi. Et ce n’est pas parce qu’on chante ou qu’on passe à la télé que l’on est épargné. Donc je paye le même que toute le monde. Cela dit, je ne suis pas mal lotie. C’est vrai qu’à dix-huit ans j’imaginais ma vie différemment, mais beaucoup sont dans ce cas.

Vous l’imaginiez comment ?

Je pensais que je serais mariée avec trois enfants et que je chanterais, mais à un niveau moins élevé. Je ne suis pas mariée, je n’ai pas d’enfants et je ne sais pas si je suis arrivée très haut mais bon... (rires). En tout cas, j’ai des amis extraordinaires. Lorsque l’on a un vrai ami, voir trois comme c’est mon cas, on est plus que gâté ! Ces trois amis très chers l’étaient bien avant que mon nom ne soit connu. Ils aimaient Carole avant mon aventure avec Jean-Jacques Goldman. Alors, je suis très contente de les avoir. Et peut-être qu’un jour, j’aurai un amour... Mais, pour l’instant... je ne l’ai pas ! (rires)

La faute à qui, à quoi ?

Dans ce métier, nous les femmes avons beaucoup de difficultés avec les hommes parce qu’ils ont toujours un ego très fragile. Il est parfois difficile pour eux d’encaisser le fait que leur nana puisse être adulée par d’autres. Or, moi j’ai besoin d’un homme bien dans sa peau, les pieds sur terre, qui ait sa propre passion pour pouvoir comprendre la mienne. Un homme qui surtout ne se sente pas menacé par ce que je fais ou par ceux que je côtoie. Dans ce milieu, tout le monde est très familier ; on s’embrasse facilement; on donne dans le « Bonjour, ma chérie ! Comment vas-tu ? ». Mais ça s’arrête là ! Et puis, parfois, les gens se font des idées : « Elle passe à la télé. Je ne peux lui parler ! ». Mais je vis comme tout le monde, hein (rires)!

Le pouvoir de la télé se ressent jusque dans votre vie privée ?

Oh oui, c’est incroyable le pouvoir de la télé ! Avant que je sois connue, j’avais des vielles chouettes de voisines que les horaires de travail dérangeaient, qui ne me disaient pas merci quand je leur tenais la porte, qui me la fermaient au nez, qui me lançaient des « Sale négresse, remonte dans ton arbre ! ». Puis, du jour au lendemain, quand je suis passé à la télé, les mêmes : « Oh vous êtes chanteuse ! Formidable. » Je ne suis pas une femme très standard. Des gens se moquaient de moi aussi pour ça. Là encore, tout s’est arrêté net avec la télé.

Pourquoi ne pas avoir essayé de faire carrière aux Etats-Unis ?

En fait, je suis venue ici sur un coup de tête. J’étais en Californie. Je chantais dans une chorale de gospel avec soixante-dix autres chanteurs, dans un restaurant français hyper chic de San Francisco, « La Belle Hélène ». En même temps, je bossais dans un bureau. Un jour, du haut de mon quarante-huitième étage, entourée de sacrées chipies de nanas, je me suis demandé ce que je fichais là. « T’est pas mariée, t’as pas d’enfants, t’as pas d’attaches, alors change de vie ! ». Je me suis dit... Quand je chantais dans mon restaurant français, je rencontrais souvent des gens qui me proposaient de venir en France. Moi qui ne connaissais pas un mot de français ! Finalement, je me suis dit « Pourquoi pas ! Va voir. Si ça ne marche pas, tant pis... Au moins, tu n’auras pas de regrets. Et puis tu pourras voir la Tour Eiffel et l’Arc de Triomphe !... »