• Carole Fredericks : la frenchie
  • France Soir
  • 26 mai 1999
  • L.M.

On l’a prise pour une folle lorsqu’elle a quitté son pays. Vingt ans plus tard, elle rencontre le succès et a pour ami Jean-Jacques Goldman.

Carole Fredericks est une femme sympathique et énergique. Dans un café, proche de la porte de la Chapelle, la « Black woman » ne cesse de sourire, parle à la vitesse d’une mitraillette et peut, en pleine conversation, se mettre à fredonner une chanson des Kinks qui passe à la radio. Originaire de Springfield, dans le Massachusetts, la chanteuse a débarqué en 1979 dans l’Hexagone, « pour essayer de vivre modestement de son métier », dit-elle. Elle a fait mieux. Choriste de tant de grands (Voulzy, Souchon,…), Carole Fredericks doit sont succès à Jean-Jacques Goldman et Michael Jones, fidèles comparses avec qui elle a sorti des albums à succès. Rencontre avec une femme alors que « Couleurs et Parfums », son album solo, est sorti ces jours-ci.

On ne peut s’empêcher d’associer votre nom à celui de Jean-Jacques Goldman. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

C’est vrai qu’il est impossible aux gens de penser à moi sans penser à Jean-Jacques, tout comme beaucoup de personnes l’associent à Michael Jones et Carole Fredericks.

C’est normal, nous nous connaissons depuis 1986, on a fait des disques et des concerts ensemble. Maintenant, j’espère que les gens vont apprécier cet album pour ce que je suis.

Jean-Jacques Goldman a signé des chansons de « Couleurs et Parfums ». C’est si difficile de couper le cordon ombilical ?

Je n’en ai pas envie. Cette rencontre avec Jean-Jacques a changé énormément de choses dans ma vie. Il m’a poussé devant la scène alors que j’étais presque inconnue. J’admire beaucoup son travail et énormément l’homme. Il fait partie de ma famille.

Êtes-vous étonnée de votre parcours ?

Aujourd’hui encore, j’ai du mal à y croire. Quand j’ai débarqué en France il y a 20 ans, je me disais que si j’arrivais à chanter régulièrement dans des petites boîtes, ça serait bien. J’ai eu 1 000 fois plus que ça. C’est fantastique. Je n’ai jamais rêvé de devenir une vedette. Gagner ma vie en chantant me suffisait.

Finalement, c’est une revanche sur les Américains qui vous ont un peu boudée au début de votre carrière.

Personne ne m’a boudée. J’ai chanté dans des chorales de gospel, dans des groupes de Top 50. Mais à côté, c’est vrai que j’étais obligée de travailler dans un bureau pour pouvoir payer mon loyer et les factures.

Pourquoi ce choix de venir en France ?

Parmi les endroits où je chantais, il y avait un restaurant français très chic. J’ai rencontré un Français qui m’a dit : « Il faut que tu viennes en France. » Au départ, j’étais très réticente à cause de la langue. Puis, un jour, j’ai accepté. J’en avais marre de ramer. Je me suis dit : « Si ça marche, tant mieux et si ça ne marche pas, au moins, tu n’auras pas de regrets lorsque tu seras mamie. » J’ai quitté mon boulot, mon appart, j’ai pris un aller-simple pour Paris. Tout le monde m’a traitée de folle dingue.

La folle dingue débarque à Paris. Et après ?

Je fais un premier album nul mais ça m’a permis de rencontrer des gens qui me proposaient de faire des chœurs pour des artistes français. De fil en aiguille, j’ai fait la connaissance de Laurent Voulzy, Alain Souchon, Michel Berger...

Quel regard portez-vous sur Céline Dion, Lara Fabian, Whitney Houston, toutes ces artistes qu’on appelle chanteuses à voix ?

Toutes ces filles que vous venez de citer ont des voix extraordinaires. Tant mieux si les gens pensent que je suis aussi une chanteuse à voix. Mais je ne crois pas que l’on joue dans la même catégorie. Elles sont quand même largement au-dessus du lot. Personnellement, ça me gêne de dire que je suis une chanteuse à voix.

Rêvez-vous de leur succès planétaire ?

Je ne suis pas envieuse des autres. Je suis très contente pour Céline parce qu’elle le mérite et qu’elle a travaillé durement pour y arriver. Maintenant, c’est sûr que je ne rechignerais pas à jouer devant 80 000 personnes.

Retournez-vous souvent aux Etats-Unis ?

J’y vais pour voir ma famille, faire quelques achats mais je préfère de loin aller chez une amie qui vit au Sénégal. La première fois que j’ai posé le pied là-bas, je m’y suis sentie comme chez moi. Au Sénégal, je me ressource et lorsque je rentre en France, je suis prête pour le combat.