• Carole Fredericks respire enfin
  • Platine Magazine
  • Novembre 1999
  • Jean-Pierre Pasqualini

Après « Personne ne Saurait » (avec Poetic Lover), « Qu’est ce qui t’amène », « Respire », Carole est enfin soulagé : elle existe en hors du trio Fredericks Goldman Jones... Interview exclusive alors qu’elle prépare sa scène parisienne à l’Auditorium Saint-Germain début décembre.

Après le premier album en solo il y a deux ans, voici le second « Couleurs et parfums »... Tu es une grande productive...

Pas vraiment, parce que Springfield date de 1996 et ça fait quand même trois ans...

Quelle est l’évolution entre les deux ?

« Springfield », c’était pour le premier album en solo, pour me présenter toute seule, enfin pas tout à fait puisque «ma famille» était là. Quand je dis « ma famille », j’entends les gens que j’ai connus avec Jean-Jacques et en qui j’ai confiance. Pour « Couleurs et parfums », l’éventail est beaucoup plus large, c’est beaucoup plus groove, soul-rock-pop-variétés... et c’est plus en français qu’en anglais.

Pour ce deuxième album, on retrouve cependant la famille : Jean-Jaques Goldman, Jacques Veneruso... Tu n’as pas envie, comme Johnny, de changer d’équipe à chaque album ?

Non, moi je fonctionne bien uniquement quand je suis avec des gens que j’apprécie humainement et pour lesquels j’ai musicalement beaucoup d’admiration. Ceux sont les seuls qui peuvent tirer le meilleur de moi.

Raconte-nous ton histoire avec les deux réalisateurs de l’album : Jacques Veneruso et Christophe Battaglia...

Jacques, je le connais depuis 1988 quand il était dans Canada et que ce groupe a fait la première partie de la tournée d’été de Jean-Jacques. Jacques était déjà présent pour « Springfield » et il a écrit avec Jean-Jacques « Personne ne saurait ». Christophe, c’est le petit nouveau. Comme je voulais faire mon album avec un programmateur et que Christophe m’avait déjà fait un remix que j’avais beaucoup beaucoup apprécié de « Jesus in Me », j’ai travaillé avec lui. Et puis, comme il est le cousin d’Erick Benzi, c’est la famille aussi... (rires)

Certains membres de «ta famille» sont absents comme Gildas Arzel ou Erick Benzi. Vous êtes fachés ?

Arrête de toujours chercher des problèmes, il n’y en a pas. Erick était submergé avec du boulot, Gildas également. Ce n’est pas grave la famille est large.

Que penses-tu du travail de « ta famille » ? De Benzi avec Anggun, de Veneruso avec Rock Voisine, de Battaglia avec Leyla Doriane... Y’a t-il des choses données à ces artistes que tu aurais aimé chanter ?

Non, je ne suis pas envieuse. J’admire, mais je ne suis pas jalouse. Et puis, ils travaillent en fonction des artistes. Ce qu’ils me donnent est fait pour moi. Je ne me vois pas chanter « La neige au Sahara », cela a été taillé pour Anggun.

Sur cet album, tu as écrit « Vain » avec Veneruso. Parolière, c’est ton truc ?

Sur le précédent album, j’avais écrit presque tous les textes parce que c’était en anglais. Dans cet album, comme c’est en français, je ne me sens pas au niveau. En ce qui concerne les compositions ou même les mélodies, je laisse faire les autres... J’avais cosigné une musique, il y a quelques années, mais on ne va pas en parler... (rires)

« Ecope » est co-signé Michael Jones. Est-ce enfin la chanson qu’il t’avait promise pour « Springfield ».

Non, ce n’est pas celle-là. Ecope est une chanson faite spécialement pour cet album.

Dans cet album, tu chantes en duo avec Yvonne Jones, laquelle t’a écrit deux chansons...

« Tu es là » elle a fait la musique et les paroles. « Mighty Love », elle a participé aux paroles. Sur mon précédent album, Yvonne avait déjà signé « So I Pray » paroles et musique. Je la connais depuis que je suis arrivé en France en 1979... JE suis même marraine de son fils. Je l’ai rencontré avec Ann Calvert. Toutes les trois, nous avons été choristes pendant dix ans, ça ne s’oublie pas.

Yvonne est plus présente qu’Ann dans cet album ?

Ann est prof de chant maintenant, mais si un jour elle écrit quelque chose, je serais très flattée qu’elle me le montre. Je l’ai eu au téléphone il y a quelques jours.

Dans « Springfield », il y avait deux reprises : « Silent Night » et « Oh Happy Day », ici il y en a à nouveau deux, c’est ton quota ?

Cette fois, j’ai préféré enregistrer « Time After Time » en duo avec ma petite sœur de lait, Nicole Amovin. En effet, je chante depuis une dizaine d’années avec elle sur scène, de Paris à Dakar, cette adaptation en walof - un dialecte sénégalais, du titre de Cyndi Lauper... On a souvent pensé à l’enregistrer. Pour « Springfield », c’était vraiment pas le genre de l’album, mais à, on s’est dit que c’était le moment. J’aimerais même sortir « Kaai Djallemea » comme quatrième single.

Ce sera le dernier extrait de cet album ?

Je pense. Ce n’est déjà pas si mal pour quelqu’un à mon niveau.

Tu as également repris « Au bout de mes rêves » que Goldman avait enregistré trois ans avant de te connaître. Elle ne correspond pas à ton époque à ses côtes.

Ca m’est égal, car elle me plait. J’aime aussi beaucoup « Pas toi », mais on la refait déjà en trio et un groupe vient de la reprendre : c’est trop tard.

Quand tu entends les reprises des titres de Goldman, comme ce « Pas toi » par Melgroove, qu’est-ce que tu en penses ?

Je trouve à bien. J’ai entendu également Albabina dans « Comme toi », c’est une merveille, cela m’a donné des frissons. Quand on a écrit une chanson, elle ne vous appartient plus, elle est faite pour être chantée par tout le monde, interprétée librement.

Respire est la seule chanson que Goldman a écrit dans cet album, contre deux ans le précédent ? En tant que créatrice, seras-tu fiere si un jour quelqu’un la reprend ?

Ben écoute, oui.

« Personne ne saurait » a été le tube en été 1998. L’image du groupe, un peu boys band ne t’a-t-elle pas gêné ?

Ils ne sont pas boysband ! Ces gamins, ils ne sont pas limités à de beaux pectoraux, ils chantent bien et sont ensemble depuis cinq ans. Ce n’est pas un boysband fabriqué !

Avec « Personne ne saurait », « Qu’est ce qui t’amène », « Respire », cet album compte déjà trois succès radio. Ca fait quelle impression après un premier album dont aucun titre ne s’était fait connaître ?

C’est vrai que le premier n’est pas passé à la radio, ou presque pas. On ne sait jamais vraiment pourquoi. Certains disent que c’est parce que c’est en anglais... Peut-être ce n’était pas le moment, ce n’était pas mon étoile.

Est-ce que tu regrettes cet album ou certains de ses chansons. Les assumes-tu toutes ?

Oh oui, je trouve cet album très bien, même si je pense qu’il était fait pour des amateurs de blues et gospel. Je suis très fière de mes deux albums, mais je me suis plus impliquée dans le second.

Pourquoi as-tu changée de maison de disques ? Tu es passé de Ariola / BMG à M6 ? One ne voulait plus de toi ?

Non, eux ils voulaient, moi, je ne voulais plus. Peut-être que le travail n’était pas fait...

En revanche, tu es toujours produite par JRG, c’est à dire Jean-Jacques Goldman. Comment s’est passé le deal ?

C’est une drôle de question, car je connais Jean-Jacques depuis 1986. Et s’il me produit, c’est peut-être parce qu’il pense que je suis très bien (rires)...

Est-il un bon producteur ? Il est loin de l’image du producteur type : cigare, grosse voiture, vie mondaine... Loin du style Barclay ?

Tous les producteurs ne sont pas Eddie Barclay.

Après les quatre ans de trio (1990 à 1994) et la séparation, on a dit que vous pourriez rechanter ensemble. Tu as envie de quoi : d’une carrière en solo ou en à trois ?

De chanter. Que ce soit seule, en duo, en trio ou avec l’Armée Rouge peut importe !

Tu es souvent guest de gens très différents ? On a t’a vu en duo ce mois-ci au Casino de Paris avec Michelle Torr, à l’Olympia avec Jean-Jacques Milteau ?

Ici en France, on décortique tout, ce n’est pas bien. Aux Etats-Unis, on chante ensemble, sans regarder si on est plus vieux ou plus jeune, variété ou jazz... J’ai toujours vu mon grand frère (Ndlr : Taj Mahal) inviter des artistes sur scène...

Tu chantes toi-même beaucoup sur scène ?

Ca dépend, cet été on a pas mal tourné. On est même allés chanter à Nouméa. La scène, c’est l’endroit où je m’exprime le mieux, où je m’éclate.

Tu préfères les petites salles, comme celles où tu avais chanté en trio en 1994 ou les grandes ?

La tournée des petites salles, c’était génial !

Tu seras à l’auditorium Saint Germain à Paris du 2 au 11 décembre. Pourquoi cette salle ?

Je l’ai visité un jour où elle était vide, et j’ai craqué. Pourtant, je n’y ai vu personne chanter. Sur scène, il y aura des musiciens avec lesquels je tourne depuis quatre ans : basse, batterie, guitare et deux anges qui font les chœurs. J’y chanterai mon répertoire en français surtout, mais il y aura des chansons en anglais, notamment quelques bijoux de Rythm and Blues qui m’ont bercée quand j’étais jeune. En revanche pas de chansons de l’époque du trio avec Jean-Jacques et Michaël. Il y aura aussi des guest mais ce sont des surprises...

Le 31 décembre, tu seras au Lido pour le Réveillon 2000...

Oui, ensuite je ferai la soirée des Restos du Cœur et je partirai en tournée à partir du 15 février.

Tu fais beaucoup de caritatif ?

Beaucoup, je ne sais pas. Je fais les Restos du Cœur comme tout le monde. J’ai aussi fait Solidays, Les enfants de la terre... et beaucoup de choses dont je ne parle pas.

Il parait que tu as toujours le tract avant de chanter sur scène, comme en radio ou en télé. Comment tu l’expliques ?

Je ne sais pas. Je me souviens que lorsque j’ai dû chanter avec Céline Dion, je n’ai pas dormi plusieurs nuits auparavant. Je crois que c’est parce que je l’admire tellement. Quand elle chante cette fille me transporte. Je suis toujours impressionnée par les gens qui chantent bien et toujours étonné qu’ils veulent chanter avec moi ! Comme tous les artistes j’ai des doutes, je m’angoisse beaucoup. C’est mas solution pour avoir la tête dans les étoiles, mais les pieds sur terre. D’un autre côté, je suis contente d’être troublée, de rougir, car je ne veux pas être blasée.

Tu aimerais avoir une carrière internationale ? Tu avais essayé avec Goldman et Jones en 1990 avec la sortie de disques en Angleterre et en Amérique ? J’avais notamment trouvé Nuit en maxi-vinyle à Londres...

Ouaaais... Nous, on y a jamais cru, c’est la maison de disques qui voulait. Aujourd’hui, je serais heureuse si la France et les pays francophones m’acceptent... Ca me suffira. J’ai juste une envie : faire carrière au Canada. C’est un pays où je ne suis jamais allé alors que le Massachusetts, où je suis née, est à une heure de vol du Canada ! Je voudrais rajouter qu’il faut arrêter ce snobisme qui consiste à vouloir toujours chanter en anglais ! Céline a eu un disque d’or avec « D’eux » en français aux USA ! Et, dans la brousse, ils ne comprennent pas l’anglais, mais ils écoutent Michael Jackson, alors que ce n’est pas un problème de langue !

Et la vie privée ? Le mariage ? Les enfants ? On a l’impression que tu oublies ta vie privée dans une activité débordante ?

Je m’occupe de moi, mais je n’ai pas envie de raconter ma vie privée. Je suis comme n’importe quelle femme, j’ai envie d’avoir des enfants, mais ça ne suffit pas. On ne peut pas commander la maternité, cela arrive quand cela doit arriver... J’adore les enfants, mais aussi les personnes âgées.

Peu de gens le savent, mais tu fêtes les 20 ans de ton premier album, disco, enregistré en 1979. Quels en sont les grands souvenirs ?

Oh la la la ! Comment tu sais ça ?!! A cette occasion, j’ai rencontré Arthur Sims, un chanteur qui nous a quittés, également Yvonne et Ann. Ce qui était extraordinaire, ce que je n’étais qu’en France depuis trois semaines quand j’ai eu ce contrat pour faire un disque chez Carla Musique. On a travaillé avec Christian Gaubert, qui a fait les musiques, Boris Bergman, qui a écrit les textes en anglais... On a enregistré au studio du Palais des Congrès. Je me souviens avoir fait une reprise d’une chanson de Françoise Hardy, alors que je ne la connaissais même pas... Et une chanson qui faisait (elle chante) : « When Love Dies... » C’était un album où je n’avais rien à dire, j’étais juste là pour chanter. Il y avait cependant mon nom sur la pochette avec la mention « Black Orchid », l’orchidée noire (rire). Même si les arrangements ne sont pas terribles, je n’ai pas honte, il y a pire.